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17/11/2020

Ils soutiennent Auxilia - Stéphane Mercurio

La réalisatrice Stéphane Mercurio, sensible à l'action d'Auxilia, nous a accordé de son temps pour répondre à nos questions. Elle nous parle de son métier de réalisatrice et de son expérience de tournage avec d'anciens détenus.

 

INTERWIEW

D’où vient votre passion pour le documentaire ? Quel parcours avez-vous suivi pour que cela devienne votre métier ?

Ma passion pour le documentaire est venue un peu par hasard. J’avais suivi des études de droit et j’avais un emploi qui ne me convenait qu’à moitié.  En assistant, en 1989 au concert gratuit  « Ça suffat comme ci " de Renaud place de La Bastille ( grand rassemblement antimondialiste pour l’annulation de la dette des pays en voie de développement et contre l’apartheid ) j’ai croisé le réalisateur Christophe Otzenberger qui filmait l’évènement. J’ai découvert ainsi l’univers du documentaire et sensible aux sujets de société (j’ai par exemple participé aux actions de Droit Au Logement), j’y ai vu un outil qui me convenait pour raconter le monde.  J’ai été alors l’assistante de Christophe Otzenberger et j’ai suivi les ateliers Varan pour me perfectionner dans le domaine.

Qu’est-ce qui vous a motivé pour réaliser des œuvres parlant de l’univers carcéral ?

C’est un peu le fruit du hasard et des rencontres. En 2008, j’ai réalisé mon premier film "À côté"’ qui présente des femmes qui attendent les parloirs à côté de la prison de Rennes.  Il a été salué par la critique. " Le mariage parfait entre la force du cinéma et la puissance du réel", avait écrit le magazine Studio. Le contrôleur général des lieux de privation de liberté Jean Marie Delarue qui a apprécié mon travail, m’a sollicité pour un autre projet de documentaire "A l’ombre de la République".  J’ai ainsi suivi une quinzaine de contrôleurs. Leurs lieux de mission : la maison d’arrêt de femmes de Versailles, l’hôpital psychiatrique d’Évreux, la Centrale de l’île de Ré, et enfin la prison de Bourg-en-Bresse. Pendant ces quelques semaines d’immersion à leurs côtés au cœur des quartiers disciplinaires, dans les cours de promenade des prisons ou dans le secret des chambres d’isolement, j’ai continué ma présentation de l’enfermement et de la réalité des droits fondamentaux en ces lieux. Je vais rencontrer ensuite le metteur en scène Didier Ruiz qui montait un spectacle avec des anciens détenus. De cette collaboration naitront deux documentaires : "Une si longue peine" et "Après l’ombre."

Dans le film  « Après l’ombre »  les comédiens détenus ont-ils facilement accepté la présence de votre caméra ? Quelles ont été les différentes étapes de la création de ce film ?

Les comédiens ont très facilement accepté mon travail de documentariste. Nous en avions parlé avant le tournage et ils n’avaient pas d’inquiétudes à ce sujet. Ils étaient surtout concentrés sur la pièce de théâtre qu’ils devaient représenter devant un public.

Le tournage s’est étalé sur 3-4 mois en plusieurs sessions de travail. On a même fait une résidence pendant plusieurs jours. C’est-à-dire qu’on ne sortait pas ; on mangeait sur place, on dormait sur place. On a vécu ainsi un esprit de groupe tendu vers un objectif commun. On vivait comme une troupe théâtrale. J’étais accompagnée d’un chef opérateur et d’un ingénieur son. Du début du projet jusqu’à la projection en salle, il y a eu un parcours de deux ans : rencontres préparatoires, écriture, recherche de financement, rencontres avec le producteur, tournage, montage, préparation de dossiers, recherche de distributeurs pour la diffusion en salle, rencontre avec une attachée de presse et enfin la sortie au cinéma.

Comment a été accueilli « Après l’ombre »’ par les spectateurs ?

Très bien. Les personnes qui sont venues voir le film étaient ouvertes et se posaient des questions sur l’enfermement.

Beaucoup on dit que le documentaire leur avait montré que finalement, les prisonniers étaient tout simplement des hommes et des femmes, pas les monstres inquiétants, comme certains médias les décrivent.

Quelles sont d’après vous les vertus des activités artistiques pour les détenus ?

Avoir accès à des ateliers artistiques pour les personnes incarcérées est rare. C’est pourtant une ouverture vers l’extérieur qui permet de s’évader. Pour certains ce peut être une découverte de ce monde. 

Si la prison permettait d’avoir accès à la culture et à la connaissance cela construirait peut-être autre chose. Mais la prison telle qu’elle fonctionne ne permet pas cette émancipation.

Je continue à penser que l’accès à la culture devrait être donné avant la prison. Cela éviterait peut-être bien des emprisonnements. Les activités artistiques en prison sont des moments importants, un grand plus qui peut permettre de mieux se connaitre et de pouvoir partager ce que l’on ressent.

Pour conclure, quel message aimeriez-vous laisser aux formateurs bénévoles d’Auxilia et aux détenus apprenants d’Auxilia ?

J’ai entendu parler d’Auxilia par Louis Perego  l’un des protagonistes du film « Après l’ombre ».

Ses paroles m’avaient marquées car il avait dit que l’association Auxilia l’avait beaucoup aidé.

Je trouve que les formateurs bénévoles sont très courageux. C’est formidable que les détenus puissent s’inscrire à Auxilia pour accéder à des études ; cela peut les aider à retrouver confiance. Qu’ils profitent au maximum de ce temps constructif. La prison proposant des moments très pauvres.

 

Dans un univers d’ennui,  la présence d’Auxilia est un oasis.

 

 

Propos accueillis par Stéphane, Auxilia, une nouvelle chance

 

 

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