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Ils soutiennent Auxilia - Didier Ruiz
Le metteur en scène Didier Ruiz, sensible à l'action d'Auxilia, nous a fait l'honneur de participer à notre série d'interviews. Il nous parle de sa profession et de ses spectacles avec d’anciens détenus. Enfin, chers lecteurs, il vous laissera un message personnel.
INTERVIEW
Par Stéphane d'Auxilia
Comment est née votre passion pour le théâtre ?
C’est toujours un mystère d’identifier précisément comment, quand et pourquoi. Dans mon cas, ce n’est certainement pas parce que je suis allé au théâtre enfant voir tel spectacle ou tel acteur, car je n’y suis allé que très tard. Je suis davantage le produit d’une culture télévisuelle, littéraire et cinématographique. Le goût du récit, de la fable, du magique ont sans aucun doute joué un rôle.
Quel parcours avez-vous effectué pour que cela devienne votre métier ?
Un conservatoire municipal en province et le cours Florent quand je suis « monté » à Paris. Des tas de tentatives ensuite pour commencer à travailler et apprendre véritablement sur le tas mon métier d’acteur dans un premier temps, un changement de cap ensuite. Et avec une intuition et une conviction sans mesure, j’ai fait mes premiers pas de metteur en scène il y a20 ans…
Qu’est-ce qui vous a motivé pour travailler auprès d’anciens détenus ?
Je n’y avais jamais pensé à titre personnel. C’est ma rencontre décisive avec Bernard Bolze (Prison Insider) et une expérience d’une nuit en cellule qui m’a décidé.
Comment s’est passé le premier contact avec eux ?
Très prudent, chaleureux, mais prudent. C’est qui ce gars du théâtre qui veut me faire parler ? Pour dire quoi ? Cela n’a duré qu’un temps.
Avez-vous eu une appréhension au début ?
Oui, la peur de ne pas être légitime. Je ne connaissais rien de la prison, du monde des lascars. Ils m’ont tout appris. Un grand respect s’est très vite établi entre nous.
Comment ont évolué vos rapports avec ces ex-détenus au fil du temps ?
Mince, j’ai déjà un peu répondu… Oui, du respect et la sensation que chacun était à sa place, sans jugement. Avec une grande acceptation de l’univers de l’autre.
Comment s’est déroulée « la résidence de répétition » ?
Il y en a eu deux, une première à Lyon, une deuxième en Camargue. Ces temps de vie en collectivité sont irremplaçables. Manger ensemble, rire, faire traîner la soirée… Ce sont toujours des temps très forts de découverte de l’autre.
À votre avis, quels bienfaits les ateliers théâtre peuvent apporter aux prisonniers ?
Je ne dirai pas seulement aux prisonniers, les vertus du théâtre sont universelles. C’est difficile de parler de soi, de se montrer, d’être soi. Le théâtre expose et révèle, comme une feuille blanche. Les personnels des prisons auraient beaucoup à apprendre d’une pratique, mais les familles également. Tout ce qui aide à la circulation de la parole est le bienvenu, tout ce qui participe à la reprise en main de son identité est profitable, à la redécouverte de sa dignité… Et c’est vrai que le théâtre, je ne suis sans doute pas objectif, y participe d’une très belle manière.
Pourquoi avoir choisi le titre « Une Longue Peine » pour votre spectacle ?
J’ai aimé le double sens du mot peine. Une longue peine, c’est presque comme un gros chagrin comme disent les enfants.
Comment ce spectacle a-t-il été accueilli par le public ?
D’une manière que je n’avais pas imaginée. Je me souviens parfaitement du soir de la première à Marseille, de mon angoisse indicible et de la réaction instantanée du public à la fin.
Quels sont vos projets artistiques pour les mois à venir ?
Je répète la prochaine création « Que faut-il dire aux Hommes ? » Sept personnes non-acteurs sur le plateau nous parlent de leur courant spirituel. Ce spectacle clôt une trilogie entamée avec « Une longue peine », puis « TRANS », créé il y a deux ans. Vous pourrez voir les trois spectacles dès janvier 2021 à la MC93 à Bobigny (Seine-Saint-Denis).
Pour conclure, quels messages souhaiteriez-vous laisser aux formateurs bénévoles d’AUXILIA ainsi qu’à leurs apprenants détenus ?
Continuez votre travail formidable et battez-vous toujours pour faire entrer de l’air dans ces lieux si terribles.
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