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100 ans d’engagement en roman graphique
Auxilia célèbre 100 ans d’engagement avec un roman graphique inédit
À l’occasion de son centenaire, Auxilia franchit une étape symbolique en proposant une création éditoriale originale : un roman graphique inspiré de son histoire. Ce projet ambitieux retrace un siècle d’engagement social et solidaire, en mariant récit fictionnel et ancrage historique.
Pour donner vie à cette œuvre, l’association s’est entourée de personnalités reconnues dans leur domaine et profondément sensibles aux valeurs qu’elle défend : la scénariste Martine Lagardette, le dessinateur Farid Boudjellal en partenariat avec les Éditions Ouest-France. Ensemble, ils signent un ouvrage sensible et incarné qui ambitionne de rendre accessible l’histoire d’Auxilia.
Martine Lagardette, scénariste : « La réalité historique est une matière romanesque inépuisable »
Qu’est-ce qui vous a donné envie de participer à cette aventure ?
J’ai été particulièrement sensible aux valeurs d’Auxilia, à ses actions qui traversent les défis du siècle, ainsi qu’à la perspective d’un véritable voyage dans le temps, de la Première Guerre mondiale à nos jours. Journaliste santé pendant de nombreuses années, l’histoire de la tuberculose et celle de Marguerite Rivard à Berck m’ont immédiatement intéressée. Et bien sûr, il y avait aussi le plaisir de travailler à nouveau avec Farid Boudjellal : nous avions déjà collaboré sur le roman graphique « Oum Kalsoum ».
Comment avez-vous abordé l’écriture d’une histoire couvrant un siècle d’engagement ?
Avec beaucoup de questionnements. Un siècle d’engagement, c’est considérable et impressionnant. Par où commencer, alors que tout semble important ? Quel récit peut porter une telle ampleur ? Quel héros fictif peut incarner cette responsabilité ? Comment articuler fiction et réalité associative ? Quels événements possèdent la charge romanesque la plus forte pour exprimer les valeurs d’Auxilia ? Chaque étape du scénario implique des choix, page après page, action après action. Ce sont des décisions que nous partageons et discutons quotidiennement avec Farid.
Vous êtes-vous appuyée sur des témoignages ou des archives d’Auxilia ?
Plonger dans les archives d’une structure centenaire est une expérience exceptionnelle. Je ne savais pas ce que j’allais y découvrir. J’ai parcouru les premiers bulletins de l’association, notamment ceux des années 1930, observé des photographies des décennies suivantes… Cet univers avait quelque chose d’intime. Je découvrais des parcours de vie, des projets, des deuils, des personnalités résilientes. Les témoignages donnent chair et émotion aux personnages que nous faisons vivre. Comme au théâtre, ils peuvent alors entrer en scène.
Comment avez-vous trouvé l’équilibre entre réalité historique et narration ?
La réalité historique est une matière romanesque inépuisable. Elle éclaire les motivations, nourrit les situations et donne de la profondeur aux personnages. Dans « Le passager de l’Auxilia », elle s’impose naturellement puisque l’action de l’association traverse un siècle d’histoire. Mais il faut veiller à ce qu’elle ne prenne pas le pas sur la narration au risque de l’alourdir. Pour trouver cet équilibre, je m’imprègne d’abord largement des sources documentaires, puis je m’en détache pour écrire. J’y reviens ensuite ponctuellement pour affiner certains choix narratifs. C’est un exercice d’équilibre permanent.
Farid Boudjellal, dessinateur : « Proposer une vision accessible sans tomber dans le déjà-vu »
Comment avez-vous construit l’univers visuel de la BD ?
À partir de longues discussions avec Martine Lagardette, scénariste de l’album. J’ai réalisé de nombreux croquis que je lui ai soumis, afin d’affiner progressivement notre vision commune.
Avez-vous effectué des recherches spécifiques sur les différentes époques ?
Oui, notamment pour les passages situés pendant la Première Guerre mondiale. Une documentation solide était indispensable. Même si j’avais déjà quelques bases historiques, c’était la première fois que j’abordais cette période graphiquement, et je l’ai fait avec beaucoup d’intérêt.
Comment traduire graphiquement des valeurs comme la solidarité ou l’inclusion ?
Ces valeurs doivent se ressentir à travers la narration, dans les émotions des personnages et les situations qu’ils traversent. Le choix des personnages est essentiel : une erreur à ce niveau peut fragiliser l’ensemble du récit. Heureusement, avec Martine, notre expérience commune nous permet d’éviter cet écueil.
Qu’avez-vous découvert sur Auxilia qui vous a particulièrement marqué ?
J’ai découvert Auxilia grâce à une première intervention dans vos locaux, où je présentais les bases du métier d’auteur de bande dessinée. Malgré ses cent ans d’existence, je ne connaissais pas cette association. Je n’imaginais pas alors que je participerais activement à la célébration de son centenaire.
Comment avez-vous évité les clichés dans la représentation des publics accompagnés ?
Il faut bien connaître les clichés pour pouvoir les éviter. Le cliché est familier pour le lecteur, mais l’auteur cherche à s’en éloigner proposer une vision accessible sans tomber dans le déjà-vu. C’est une forme d’équilibre délicat :. L’originalité reste une exigence constante.
Matthieu Biberon, Éditions Ouest-France : « Le lecteur est embarqué dans une véritable aventure, à la fois historique et émotionnelle »
Un projet de bande dessinée consacré à une association comme Auxilia est-il inédit pour votre maison d’édition ?
C’est en effet une première sous cette forme. Si nous publions régulièrement des bandes dessinées, aborder l’histoire d’une association comme Auxilia à travers ce médium constituait à la fois une évidence et un défi. Une évidence, car les valeurs portées par Auxilia — solidarité, dignité, engagement humain — résonnent pleinement avec celles du Groupe Ouest-France. Mais aussi un défi éditorial : il s’agissait de raconter cent ans d’histoire sans tomber dans un récit institutionnel ou didactique, tout en conservant une véritable dynamique narrative.
Comment avez-vous envisagé cet équilibre entre exigence éditoriale et accessibilité du récit ?
Nous avons été particulièrement attentifs à la capacité du projet à toucher un large public. La bande dessinée impose une exigence forte : celle de conjuguer rigueur du fond et fluidité de lecture. Il fallait transmettre des éléments historiques, des valeurs et des témoignages, tout en maintenant une narration vivante et engageante. Le choix du format graphique s’est imposé comme un levier puissant pour atteindre cet équilibre.
Comment les auteurs ont-ils été choisis ?
Farid Boudjellal avait déjà établi un premier lien avec l’association. Son intérêt pour le projet a été immédiat, et il a proposé de travailler en binôme avec Martine Lagardette. Leur complémentarité s’est révélée évidente. Au-delà de leur talent respectif, leur capacité à dialoguer et à construire ensemble est un véritable atout. La réussite d’une bande dessinée repose en grande partie sur cette alchimie entre scénariste et dessinateur.
Qu’est-ce qui, selon vous, fait la singularité de cet ouvrage ?
Ce qui distingue cet album, c’est sa capacité à incarner une histoire institutionnelle à travers des parcours humains. Il ne s’agit pas seulement de raconter Auxilia, mais de donner à voir et à ressentir ce qu’elle représente. Le lecteur est embarqué dans une véritable aventure, à la fois historique et émotionnelle, ce qui permet une appropriation plus directe et plus durable du message.
Avec ce roman graphique, Auxilia fait le choix de raconter son histoire autrement : en la rendant vivante, incarnée et accessible. Le format de la bande dessinée permet de toucher un public large, bien au-delà des lecteurs habituels d’ouvrages institutionnels ou historiques.
Ce choix est pertinent, car il facilite l’accès à la lecture pour tous les âges, mais aussi pour les personnes qui peuvent ressentir un frein face à un livre traditionnel, qu’il soit lié à la longueur, au style ou à la densité du texte. L’image vient ici soutenir le récit, en offrant des repères visuels, en suscitant l’émotion et en rendant les contenus plus immédiats.
À la croisée de la mémoire et de la création contemporaine, cette œuvre anniversaire illustre ainsi la capacité d’Auxilia à se réinventer dans ses modes de transmission, tout en restant fidèle à ce qui la fonde depuis cent ans : la solidarité, l’inclusion et l’accompagnement des personnes face aux défis de leur époque.
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