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29/10/2019

Pause lecture - Directrice de prison

Christelle ROTACH a sous-titré son livre : " Terrorisme, surpopulation, suicides… Tout ce qu’on ne peut pas dire ".

 

Premier constat à la lecture de ce livre dont les 220 pages s’avalent sans difficulté en une journée : pas de véritable scoop pour qui pratique un peu les établissements pénitentiaires en France.

C’est peut-être d’ailleurs ce constat qui est le plus troublant : criminalité, folie, terrorisme, surpopulation, violence, mort, manque de moyens, corruption… Tout ce que nous constatons lorsque nous entrons en prison et ce que nous lisons ou entendons sur la pénitentiaire, c’est vrai, c’est écrit là, noir sur blanc.

 

Alternant les thématiques, elle égrène ses expériences au sein des prisons de Lyon, des Baumettes, de Nanterre, de Fleury-Mérogis et surtout de La Santé, dont elle dirige la réouverture début 2019. Elle croise quelques célébrités comme Antonio FERRARA et plus récemment un certain Alexandre B.

 

Même si elle relate son expérience aux Baumettes où elle estimait à son arrivée à 10% les personnels pénitentiaires corrompus (elle y fera le ménage en partie), même si elle décrit la maison d’arrêt de Nanterre, à son arrivée en 2010, comme étant sous la coupe des détenus (60% des surveillants étaient des stagiaires ; elle remettra de l’ordre en 6 mois), son livre est un vibrant hommage au personnel de la pénitentiaire, qui se démène en permanence avec trois bouts de ficelle pour gérer la diversité des situations et qu’elle présente comme extrêmement investi dans la protection des détenus.

 

Elle parle de sa comptabilité macabre : 42 morts en 20 ans. « Ce que l’on voit en prison, […] c’est la mort brute, quasi instantanée, dans toute son horreur ». La mort arrive malgré les précautions parfois extrêmes prises par le personnel, c’est l’une de ses pires angoisses. Et quand il faut annoncer la mort aux proches, recevoir leurs insultes en pleine figure…

 

La folie est présente. Elle reprend à son compte le chiffre de 30% communément admis de détenus ayant des troubles psychiques. « La prison n’est pas et ne peut pas être un lieu de soin ». Qui dira le contraire ?

 

La pauvreté aussi est là : les indigents (moins de 45€ de revenus sur 2 mois), représentent 30% des détenus des Baumettes. L’administration pénitentiaire leur donne 20€ par mois. Difficile de cantiner dans ces conditions, voire de payer le frigo (5€ par mois), la télé (moins de 15€ par mois).

Et pourtant, la sainte trinité selon Christelle ROTACH, c’est : tabac, télé, frigo. Si l’un des trois manque, l’ambiance se détériorera à coup sûr. Elle y veille tout particulièrement.

Elle ne nous parle pas beaucoup de sa vie privée, tout simplement parce qu’elle semble ne pas en avoir. On comprend vite que la pénitentiaire, c’est un sacerdoce. On doit y être disponible 7 jours sur 7, 24h sur 24, toujours à la merci d’une crise, d’un décès, d’un problème logistique, de voisins comme à La Santé, qui vivent la prison en direct et profitent de l’expérimentation du brouillage de la téléphonie !

Cependant, elle ne passe pas sous silence les 6 mois qu’elle vit, à l’âge de 11 ans, dans un centre pour enfants handicapés, à la suite d’un problème d’articulation de son fémur, qui l’obligera à vivre allongée sur un chariot, des poids fixés aux jambes pour décoller ce fémur du cotyle. Une première expérience de l’enfermement.

Dommage que la problématique de la réinsertion soit peu traitée, que les SPIP (Services Pénitentiaires d’Insertion et de Probation) soient à peine nommés, tout comme le travail réalisé en prison par l’éducation nationale et le milieu associatif. Peut-être parce que cela intéresserait moins le lecteur ?

On apprend à la fin du livre qu’elle part à l’inspection générale de la justice : « Je sors de prison. Pour la dernière fois, j’entends la lourde porte se refermer derrière moi. J’espère ne jamais y revenir, ou alors, pas tout de suite ».

Gageons qu’elle y reviendra plus vite qu’elle ne le dit !

 

Par Jean-Claude Granier

Administrateur Auxilia, une nouvelle chance.

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